Arrêt de travail : les salariés peuvent reporter leurs congés payés

Arrêt de travail : les salariés peuvent reporter leurs congés payés
Femme fatiguée allongée sous un plaid, une valise de vacances ouverte et un arrêt de travail posés près d'elle

Vous bouclez votre valise, et la veille du départ, parfois même une fois sur place, la fièvre monte. Longtemps, la réponse du droit français était brutale : vos jours de vacances étaient perdus, décomptés comme si vous en aviez profité. Ce n’est plus le cas.

Depuis un arrêt de la Cour de cassation rendu en septembre 2025, un salarié malade pendant ses congés payés récupère les jours qui coïncident avec son arrêt de travail. Et l’année 2026 est venue en préciser les contours, parfois pour les resserrer.

Un arrêt qui tombe pendant les vacances n’efface plus vos congés

Jusqu’ici, tout dépendait du moment où débutait l’arrêt. Malade avant le départ, vous conserviez vos congés. Malade une fois les vacances commencées, tant pis : l’employeur estimait son obligation remplie et les jours filaient. Cette distinction reposait sur une jurisprudence de 1996 restée figée pendant près de trente ans.

La chambre sociale de la Cour de cassation y a mis fin le 10 septembre 2025 (pourvoi n° 23-22.732). Le salarié dont l’arrêt maladie survient pendant ses congés a désormais droit au report des jours de repos qui se chevauchent avec cet arrêt. Que la maladie ait commencé avant ou pendant les vacances, ces journées ne peuvent plus être imputées sur le solde de congés.

La logique tient en une phrase : un congé sert à se reposer, un arrêt maladie sert à se soigner. Confondre les deux reviendrait à priver le salarié de son vrai temps de récupération. C’est le raisonnement que tient la Cour de justice de l’Union européenne depuis l’affaire Pereda de 2009, sur le fondement de la directive 2003/88/CE. La France, longtemps isolée sur ce point, avait d’ailleurs reçu une mise en demeure de la Commission européenne en juin 2025.

La condition à ne surtout pas oublier : prévenir l’employeur

Le report suppose une démarche simple mais indispensable : transmettre l’avis d’arrêt de travail à l’employeur. Sans cette notification, pas de report. Si vous tombez malade au bord de la mer, faites établir un arrêt par un médecin et envoyez-le à votre entreprise dans les délais habituels, comme vous le feriez un jour travaillé. C’est ce justificatif qui déclenche votre droit.

Un point de vigilance pour ceux qui voyagent : un certificat médical établi à l’étranger peut soulever une question d’authenticité. En pratique, s’il a ouvert des droits à indemnisation, il est présumé sérieux. Mieux vaut néanmoins conserver toutes les pièces.

Combien de jours, et jusqu’à quand les poser

Deux mécanismes se combinent depuis la loi du 22 avril 2024, dite loi DDADUE, qui avait déjà aligné le Code du travail sur le droit européen.

D’abord l’acquisition. Un arrêt pour maladie non professionnelle vous donne droit à 2 jours ouvrables de congés par mois, dans la limite de 24 jours par période de référence. Pour un accident du travail ou une maladie professionnelle, le régime reste plus favorable : 2,5 jours par mois, sans plafond annuel.

Ensuite le report. Les congés que vous n’avez pas pu prendre à cause de l’arrêt bénéficient d’un délai de 15 mois. À votre retour, l’employeur doit vous informer, dans le mois suivant la reprise, du nombre de jours disponibles et de la date limite pour les poser. Cette information conditionne le départ du délai : tant qu’elle n’a pas été délivrée, le compteur ne tourne pas et vos jours restent acquis.

2026 : trois arrêts qui rebattent les cartes

La Cour de cassation n’en a pas fini avec le sujet. Trois décisions rendues au début de l’année 2026 méritent l’attention, autant pour les salariés que pour les services RH.

Le plafond de 24 jours se calcule année par année. Le 21 janvier 2026 (n° 24-22.228), la Cour a jugé que les congés acquis lors de périodes antérieures et reportés ne s’imputent pas sur le plafond de la nouvelle période. Un salarié qui arrive avec un reliquat ne voit donc pas ses droits amputés : les compteurs sont indépendants.

Un accord collectif avantageux ne s’étend pas d’office à la maladie. Le même jour (n° 24-22.016), les juges ont refusé d’appliquer aux arrêts maladie non professionnels un accord d’entreprise prévoyant 2,5 jours par mois de travail effectif. Sauf clause assimilant expressément l’arrêt à du travail effectif, c’est le plafond légal de 2 jours par mois qui prévaut.

Un salarié déjà en procès doit réclamer tôt. Le 11 février 2026 (n° 24-13.061), la Cour a précisé qu’un revirement de jurisprudence ne constitue pas un fait nouveau. Un salarié engagé dans un contentieux prud’homal doit donc formuler sa demande de rappel de congés dès ses premières conclusions, sans compter sur une décision postérieure pour rattraper un oubli.

L’échéance d’avril 2026 est passée : qui peut encore agir

La loi DDADUE ouvrait une fenêtre de rattrapage remontant jusqu’au 1er décembre 2009. Les salariés encore en poste disposaient d’un délai de forclusion de deux ans, arrivé à terme le 23 avril 2026. Cette porte est aujourd’hui fermée : un salarié toujours dans l’entreprise ne peut plus réclamer les congés qu’il aurait dû acquérir sur des arrêts antérieurs à la réforme.

La situation diffère pour ceux qui ont quitté leur employeur. La prescription de droit commun de trois ans s’applique, ce qui laisse la possibilité de réclamer une indemnité compensatrice au titre de la réforme, selon la date de rupture du contrat. Les contentieux ne sont donc pas éteints, loin de là.

Côté employeur : les réflexes à adopter

Le report pendant les vacances a un coût organisationnel réel. Un salarié malade trois semaines sur ses quatre semaines d’été revient avec trois semaines à replacer, souvent à l’automne, ce qui concentre les absences. Trois chantiers limitent les risques.

  • Vérifier la convention collective, qui prévoyait parfois déjà un report plus favorable.
  • Systématiser l’information écrite au retour d’arrêt, avec une preuve datée (le bulletin de paie suffit). Sans elle, les congés deviennent en pratique imprescriptibles.
  • Fiabiliser l’historique des absences, seul moyen de vérifier et, le cas échéant, de contester une demande de régularisation.

Le bon réflexe, en pratique

Tomber malade pendant ses congés ne fait plus perdre les jours concernés, à condition d’envoyer son arrêt à l’employeur. Le droit issu de septembre 2025 est désormais solidement ancré, et les précisions de 2026 en dessinent les limites : plafond apprécié par année, accords collectifs d’interprétation stricte, demandes à formuler sans tarder. Pour le salarié, la marche à suivre reste simple : un arrêt, un justificatif transmis, et des congés à reposer plus tard.