En l’espace d’un an, deux lois de finances successives ont profondément remanié la fiscalité des ménages. La première, promulguée le 14 février 2025 après un parcours parlementaire chaotique, a posé les bases : nouveau barème, contribution sur les hauts revenus, réforme de la location meublée. La seconde, promulguée le 19 février 2026 dans un contexte politique tout aussi tendu, prolonge certains dispositifs, en durcit d’autres et crée de nouvelles mesures. Voici un tour d’horizon complet de ce qui s’applique à votre déclaration de revenus 2026 et au-delà.
Fiscalité des particuliers : ce qui a changé avec la loi de finances 2025, et ce que la loi de finances 2026 ajoute


Barème de l’impôt sur le revenu : deux revalorisations en deux ans
La loi de finances 2025 avait revalorisé les tranches du barème de 1,8 % pour les revenus de 2024. La loi de finances 2026 poursuit l’indexation sur l’inflation, mais de manière plus modeste : +0,9 % pour les revenus de 2025, qui seront déclarés au printemps 2026. Le gouvernement avait initialement voulu geler le barème pour récupérer 2 milliards d’euros de recettes supplémentaires, mais le Parlement a imposé cette revalorisation, sous peine de faire basculer environ 200 000 foyers supplémentaires dans l’impôt.
Les deux barèmes côte à côte :
| Taux | Revenus 2024 (LF 2025) | Revenus 2025 (LF 2026) |
|---|---|---|
| 0 % | Jusqu’à 11 497 € | Jusqu’à 11 600 € |
| 11 % | 11 498 € à 29 315 € | 11 601 € à 29 579 € |
| 30 % | 29 316 € à 83 823 € | 29 580 € à 84 577 € |
| 41 % | 83 824 € à 180 294 € | 84 578 € à 181 917 € |
| 45 % | Au-delà de 180 294 € | Au-delà de 181 917 € |
Le plafonnement du quotient familial passe à 1 807 € par demi-part (contre 1 791 € en 2025), soit 904 € par quart de part.
Contribution différentielle sur les hauts revenus : du temporaire au pérenne
Créée par la loi de finances 2025 pour une seule année (revenus 2025), la CDHR garantit un taux d’imposition effectif d’au moins 20 % pour les contribuables dont le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple). Elle avait donné lieu en décembre 2025 au versement d’un acompte de 95 % sous peine de majoration de 20 %.
La loi de finances 2026 change la donne : la CDHR n’est plus temporaire. Elle s’appliquera désormais chaque année, jusqu’à ce que le déficit du budget général de l’Etat repasse sous la barre des 3 % du PIB. Au vu des prévisions macroéconomiques, cette perspective n’est pas envisagée avant 2028 au plus tôt.
Le texte 2026 apporte aussi des ajustements techniques pour « verrouiller » le dispositif : prise en compte des dons aux oeuvres (article 200 du CGI) dans le calcul de l’impôt de référence, régime spécifique en cas de changement de situation matrimoniale, et assujettissement des contribuables transférant leur domicile fiscal à l’étranger au titre de l’année de leur départ.
Location meublée non professionnelle : une réforme qui produit ses effets
La loi de finances 2025 a introduit un changement majeur : les amortissements déduits des revenus locatifs dans le cadre de la LMNP sont désormais réintégrés dans le calcul de la plus-value lors de la cession du logement. Concrètement, le prix d’acquisition retenu pour le calcul de la plus-value est diminué du montant des amortissements pratiqués, ce qui augmente mécaniquement la plus-value imposable.
Cette mesure, applicable aux cessions intervenues à compter du 16 février 2025 (lendemain de la promulgation de la LF 2025), a mis fin à un avantage fiscal significatif qui, selon le gouvernement, incitait à privilégier la location meublée de courte durée au détriment de la location nue. Les résidences étudiantes, les résidences pour personnes âgées et celles pour personnes handicapées restent exclues de ce dispositif.
En 2026, la loi de finances va plus loin sur le front de l’immobilier locatif. Le nouveau dispositif « Relance logement », prévu pour trois ans, permet aux bailleurs qui s’engagent à louer nu un logement neuf en collectif pendant neuf ans (sous plafonds de loyer) de déduire de leurs revenus fonciers une partie du prix d’acquisition (jusqu’à 12 000 € par an) et l’intégralité des charges liées à la location (dans la limite de 10 700 €). Ce dispositif prend le relais du Pinel, arrivé à expiration.
Hausse de la CSG sur les revenus du capital
C’est une des mesures les plus significatives pour les épargnants : la CSG applicable aux revenus du patrimoine et du capital passe de 9,2 % à 10,6 %, soit une augmentation de 1,4 point. Cette hausse, adoptée dans le cadre de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, porte le taux global des prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 %.
Sont concernés les dividendes, les plus-values mobilières, les revenus de la LMNP, les rachats sur PER et PEA, ainsi que les gains sur actifs numériques. En revanche, les rachats classiques d’assurance-vie, les revenus fonciers et les plus-values immobilières ne sont pas touchés par cette hausse spécifique.
Pour un contribuable soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU), le taux global sur les dividendes passe ainsi de 30 % (12,8 % d’IR + 17,2 % de PS) à 31,4 % (12,8 % + 18,6 %). Avec la CEHR et la CDHR pour les plus hauts revenus, le taux marginal peut désormais atteindre 38,6 %.
Dons aux personnes en difficulté : le plafond Coluche doublé
La loi de finances 2025 avait élargi la réduction d’impôt majorée à 75 % aux dons en faveur des organismes luttant contre les violences domestiques. La loi de finances 2026 double le plafond de versement ouvrant droit à ce taux majoré : il passe de 1 000 € à 2 000 € par an pour les dons effectués à compter du 14 octobre 2025. La réduction d’impôt maximale grimpe ainsi de 750 € à 1 500 €. Au-delà de 2 000 €, le taux de droit commun de 66 % continue de s’appliquer dans la limite de 20 % du revenu imposable.
Par ailleurs, les dons en faveur de la restauration du château de Chambord réalisés en 2026 bénéficient d’une réduction exceptionnelle de 75 % dans la limite de 1 000 €. En combinant les deux dispositifs, un contribuable peut obtenir jusqu’à 2 250 € de réduction d’impôt (1 500 € + 750 €) pour 3 000 € de dons versés en 2026.
Dons familiaux : l’exonération temporaire encore en cours
Le dispositif instauré par la loi de finances 2025, qui exonère de droits de mutation les dons de sommes d’argent consentis en famille (enfants, petits-enfants, neveux ou nièces), dans la double limite de 100 000 € par donateur et de 300 000 € par donataire, reste en vigueur jusqu’au 31 décembre 2026. Pour en bénéficier, les sommes doivent être affectées dans les six mois suivant le versement à l’acquisition d’une résidence principale neuve ou en VEFA, ou à des travaux de rénovation énergétique de la résidence principale du donataire.
La date butoir approche : les donateurs souhaitant profiter de ce dispositif ont jusqu’à fin 2026 pour effectuer leurs versements. Passé cette date, le régime de droit commun des donations (abattements de 100 000 € par enfant renouvelables tous les 15 ans) reprendra seul ses droits.
Loc’Avantages toujours en vigueur, relance logement en renfort
Le dispositif Loc’Avantages, reconduit par la loi de finances 2025 jusqu’au 31 décembre 2027, continue d’offrir une réduction d’impôt aux propriétaires qui louent à loyer modéré sous convention Anah (secteurs Loc 1, Loc 2 et Loc 3). Plus le loyer consenti est bas, plus la réduction est élevée.
La loi de finances 2026 y ajoute le nouveau statut de « Bailleur privé » (dispositif Relance logement), qui cible l’investissement locatif social dans le neuf collectif. Les deux dispositifs peuvent coexister, chacun avec ses conditions propres, offrant aux investisseurs immobiliers un éventail d’options fiscales pour 2026 et au-delà.